Rives de la Bénoué

LAGDO OU LE CAMEROUN EN MINIATURE

ANALYSE

Lagdo, l’intégration réussie

 

De par la pluralité ethnique, de par le brassage des peuples aux cultures variées venus d’horizons divers, les populations de Lagdo qui cohabitent depuis des décennies illustrent à souhait l’intégration et l’unité nationales.

 

Vivre en paix et en harmonie, accepter le prochain et se tolérer voilà quelques principes qui guident la vie aujourd’hui des populations de villages de Lagdo, une unité agro industrielle et piscicole. Les « Yilaga » autochtones et minoritaires ont compris très tôt qu’il est de leur intérêt  d’accepter son prochain sans distinction ethnique. Leur sens d’hospitalité a permis la transformation de ce gros village qu’était Lagdo en une cité lumière avec ce gigantesque barrage hydroélectrique couvrant 7.000 km².

L’importance de ses activités poissonnières et surtout l’accroissement continu de ses populations, il est évident qu’un avenir radieux est promis à cette unité administrative d’où la ruée des populations venus de toutes les horizons vers la terre promise Autre gage d’un lendemain enchantant, ce barrage qui déjà a permis d’irriguer plus de 10.000 hectares de terrain.

Plusieurs organismes et autres structures privées de développement y sont installés et accompagnent les vaillantes populations vers le développement. Une population composée des Mousgoum,Toupouri, Guiziga, Banawa, Mofou, Mafa, Mbororo, Foulbé, Haoussa, Massa, Kapsiki, Arabes Choa, Kotoko, Bornouan à laquelle il faut ajouter les étrangers que sont les Nigérians, Tchadiens, Ghanéens,  Nigériens, Centrafricains, Maliens et Sénégalais venus pour la pêche.

Aussi, la coexistence des religions que pratiquent les différentes communautés illustre à souhait l’esprit de tolérance et de respect que les uns ont vis-à-vis des autres. Chrétiens Musulmans et animistes cohabitent sans heurt. Les mariages exogamiques sont monnaies courantes.

La symbiose et la cohésion entre les 65 groupes ethniques se traduisent ici dans les faits. Le cas le plus en vue est celui   du Maire de la Commune de Lagdo, M. MAMA ABAKAI. A lui seul, il est tout un symbole d’intégration nationale. Ce Kotoko de Logone et Chari dans l’Extrême nord, encadre aujourd’hui avec satisfaction des grands groupes ethniques très variés. Cela explique sa reconduction à plusieurs reprises à son poste d’administrateur municipale de la commune locale.

 

INTERWIEW

 

.MAMA ABAKAI, Maire de la Commune de Lagdo

 

« Lagdo, le Cameroun en miniature »

 

Question : Quels sont les différents groupes ethniques installés dans l’arrondissement de Lagdo ?

MAMA ABAKAI : Il y a près de 65 ethnies différentes les unes des autres et venus de horizons divers qui sont installés à Lagdo. Je ne saurai les énumérer toutes parce qu’on risque de passer tout le temps  à les citer. Ces ethnies sont nombreuses au point où on considère Lagdo comme le Cameroun en miniature. Toutefois, il y a quand même des grands groupes ethniques à l’instar des Toupouri, Guiziga, Massa, Moundang, Mafa qu’on ne saurait ne pas citer. Il y a également d’autres qui ne sont pas importants du fait de leurs nombres mais qui animent le quotidien de Lagdo. Il en est de la minorité Foulbé, Matal, Kapsiki, Djoulgo, Kotoko, Arabe Choa, Mousgoum et Haoussa.

 

Question : La minorité ne subit-elle pas l’influence de la majorité ethnique ?

 

MAMA ABAKAI : cela ne peut pas manquer car aujourd’hui, on parle de plus en plus de démocratie, c’est-à-dire une personne égale une voix. Et quand vous avez ensemble 1000 voix contre 10, vous allez il n’y a pas de point de vue à imposer. Il y a surtout la prise en compte des idées constructives. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que la plupart des chefferies traditionnelles au niveau de Lagdo sont dirigées par la minorité peule. Cela n’empêche pas que les majorités ethniques s’arriment aux coutumes et rites de la localité. Donc, les gens viennent, acceptent ces chefs tout en acceptant aussi les lois et règlement de cette localité.

Question : Quel genre de rapport les différents groupes ethniques entretiennent-ils entre eux.

 

M A : Ici à Lagdo, il y a une coexistence pacifique entre les différentes communautés. Les différents groupes ethniques se tolèrent mutuellement. C’est la raison pour laquelle, en dépit de la diversité ethnique, nous n’avons pas encore enregistré des batailles armées d’ethnie à ethnie. Cela prouve que ces groupes ethniques vivent en parfaite harmonie.

 

Question : Les divergences politiques n’ont-elles pas d’incidences sur la cohabitation entre les différentes ethnies ?

 

M.A : Chaque parti politique a sa méthodologie. Chacun suit les statuts et règlements de son parti. A Lagdo, nous avons globalement 05 partis politiques légalisés qui animent la vie politique au quotidien. Cependant, 04 sont actifs et se présentent régulièrement aux élections. Il s’agit du RDPC, de l’UNDP, du MDR et du SDF. Relevons tout de même que les partis politiques n’influencent pas les communautés.

 

Question : Et si nous parlons de l’intégration et de l’unité nationale à Lagdo ?

 

M.A : Je peux affirmer haut et fort que l’intégration et l’unité nationale sont un acquis à Lagdo, parce que sans elles, l’on ne trouverait pas près de 65 ethnies cohabiter dans un seul arrondissement sans heurt. On n’a jamais enregistré de guerre civiles encore moins des bagarres rangés. Il y a lieu même de dire que notre localité constitue un laboratoire d’expérimentation d’une intégration réussie. Et on le dit déjà, Lagdo c’est le Cameroun en miniature où les différentes populations sont soudées et oeuvrent pour le développement local.

 

Propos recueillis par Dieudonné BAYAN

 

 

 

TEMOIGNAGE 2

 

HAMAN ROGER, « Allogène » habitant de Lagdo

 

« Nous entretenons de bons rapports

avec les autochtones »

 

« Nous qui venons de l’Extrême nord sommes des hommes vaillants, laborieux et dotés d’un esprit créatif et inventif. Nous participons aux cotés des natifs de Lagdo au développement de la ville. Mais il faut le souligner, au départ la cohabitation était très difficile à cause des incompréhensions. Nous sommes également une communauté qui a des problèmes avec certains musulmans. S’implanter à Lagdo ou venir y habiter n’était pas choses aisées. Par le passé, certains chefs traditionnels arrêtaient arbitrairement les allogènes, les enfermaient nus dans des maisons sans fenêtres et parfois les enchaînaient. Mais avec l’avènement de la démocratie et les structures de droit de l’Homme cette pratique a disparu. Maintenant tout le monde se méfie.

En plus de nos jours, fort heureusement qu’au dessus de tout, il y a l’administration qui joue pleinement et efficacement son rôle. Aujourd’hui, nous entretenons de bons rapports avec les autochtones. Et les gens sont de plus en plus conscients que tout n’est pas permis comme par le passé. Et la cohabitation est pacifique. Les gens vivent ensemble. Ils s’acceptent et se tolèrent tout en se respectant »

 

Propos recueillis par Dieudonné BAYAN

 



11/05/2009
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